Pendant un été à l’alpage, nous transformons environ 60'000 litres de lait d’alpage frais en quelque cinq tonnes de fromage d’alpage – auxquels s’ajoutent environ 500 kilogrammes de beurre. Mais tous les fromages d’alpage ne se ressemblent pas : selon la recette, la fabrication et la durée d’affinage, des spécialités très différentes voient le jour. Du fromage d’alpage et du Hobelkäse bernois longuement affinés à la raclette et au jeune Mutschli, chaque fromage possède son propre caractère.
Les premiers jours, je suis le mouvement. Je me laisse entraîner au rythme de ce grand troupeau de Brunes. Chaque traite, chaque abreuvement, chaque distribution de sel et chaque jour qui passe me rapprochent d’elles: les numéros deviennent des noms, les noms s’associent à des caractères et, au fil de l’été, deviennent des histoires.
L’une des plus belles expériences de la vie à l’alpage, c’est de voir la confiance naître peu à peu chez les animaux. Quand on les connaît tous par leur nom et qu’ils viennent lorsqu’on les appelle. Il y a des vaches drôles qui font toute sorte de bêtises. Il y a des meneuses (Oui, toi, Freudi!), des gangs d’ados (Oui, oui, Katja et sa bande), des amies, des bêtes très sages (Oui, c’est toi, Blüemli) et bien sûr, ma vache préférée (Duibi, oui toi!). À la fin de l’été, ce n’est plus une marée indistincte: chaque bête a droit à des adieux personnels.
Cette saison a été très animée, et malgré sa longueur, semble être passée comme un éclair. J’en garde des souvenirs marquants, comme cette fois où, alors que je me trouvais au sommet de l’alpage, en dessous d’une paroi rocheuse, pour contrôler les génisses, un gypaète barbu est passé juste au-dessus de moi! J’en avais la chair de poule. Ou cette autre fois où j’ai été surprise par un gros orage le matin en allant chercher les vaches. Bref, des journées chargées et très intenses intercalées de courtes nuits.
En deux mots, nous sommes rentrés chez nous avec un énorme manque de sommeil mais une infinie gratitude.