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Bilan de l’été à l’alpage: entre courbatures, courage et amour des vaches

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de Sophia Blüggel | Pfruend Senggi

17.11.2025

Depuis quelques semaines, je suis de retour chez moi, où j'ai renoué avec ma "vie d'avant". Aujourd'hui, je voudrais partager avec vous mon ressenti et mon expérience suite à mon départ de Suisse et à mon retour au pays: quel regard est-ce que je porte sur cet été à l'alpage et quels enseignements est-ce que j'en retire?

À la fin, je donne quelques conseils pour celles et ceux qui seraient intéressé·es par l’aventure de l’estivage, pour que le rêve ne tourne pas au cauchemar. 😉

Le grand départ

Alors que les vaches ont quitté l’alpage depuis une semaine et qu’un certain calme est revenu, le 9 octobre, j’ai à mon tour fait mes adieux à ce monde auparavant inconnu, mais désormais si familier après cinq mois.

La veille, mes parents et moi profitions du soleil assis à la grande table extérieure en évoquant les belles expériences et les moments plus difficiles. Nous avons beaucoup ri et j’ai pris conscience de tout ce que j’avais vécu en à peine quelques mois.

J’ai beaucoup apprécié que la famille Sieber-Beer consacre autant de temps à notre dernière journée ensemble. Il y a toujours beaucoup à faire sur l’exploitation et il est rare de passer du temps ensemble à table en plein milieu de la semaine.

Une fois couchée, j’ai réalisé que c’était la dernière nuit que je partageais avec l’autre auxiliaire et que je retrouverais ma chambre dès le lendemain: un luxe dont je n’avais jamais eu conscience auparavant.

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J’ai profité pleinement du dernier déjeuner avec mes parents et les deux employés, Marco et Andreas, dans la petite cuisine. Le lait de vache frais, le yogourt maison et le beurre vont à coup sûr me manquer. Une fois la voiture chargée, j’ai fait un dernier tour dans l’étable vide, pris une bonne bouffée d’air pur et gravé dans mon cœur et ma mémoire ce magnifique panorama.

Dans la vallée, nous avons embarqué quelques kilos de fromage en souvenir: je n’aimerai probablement plus le fromage industriel après avoir goûté un produit d’une telle qualité. Avant de quitter ma famille suisse d’adoption, je suis allée faire un tour au pâturage pour dire au revoir à chacune des vaches, car j’ai développé un lien particulier avec chacune d’entre elles. J’ai en effet vite appris que chacune avait son caractère. Elles réagissaient à ma voix, me suivaient en toute sérénité et m’ont donné beaucoup de force par leur flegme et leur fiabilité dans les moments difficiles.

Mes vaches préférées, Sandra, Hanka et Cortina, ont eu droit à une grosse séance de caresses. Les adieux à la famille m’ont laissé un peu de vague à l’âme, mais je sais bien que je reverrai Christa, Stefan, Rahel et Linda, et que nous allons rester en contact. Après les avoir serrés fort dans mes bras, mes parents et moi avons repris la voiture et acheté encore quelques délices culinaires suisses que j’avais découverts pendant mon séjour. Et en route pour le Sauerland, ma patrie!

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Le retour à la maison: une expérience à part entière

Dans la voiture, je me réjouissais surtout d’arriver à la maison, de prendre une bonne douche chaude et de me coucher dans un lit douillet. Mais mes proches m’avaient préparé une surprise, qui m’a fait verser des larmes de joie. Après une agréable soirée et des discussions à bâton rompu sur ma vie d’alpagiste, je me suis écroulée de fatigue dans mon lit.

Je n’ai pas mis de réveil et, le lendemain matin, j’ai fait la grasse matinée sans le moindre scrupule. Mais les premiers rendez-vous importants pour mon avenir ne se sont pas fait attendre: entretien d’embauche, visite médicale, recherche d’appartement, etc. À peine sorti de sa torpeur estivale, mon agenda s’est vite rempli. J’ai compris que je pouvais à nouveau organiser mes journées à ma guise. La liberté!

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Petit à petit j’ai lavé les vêtements portés en Suisse. Une fois ouverte, la valise a dégagé une forte odeur d’étable, odeur à laquelle je m’étais habituée à l’alpage, au point de ne plus la sentir. J’ai alors pris conscience de toutes les odeurs qui ont fait mon quotidien ces derniers mois.

Je perçois désormais les choses simples comme un grand luxe: prendre une douche chaude, cuisiner facilement sans devoir allumer de feu, vivre de manière indépendante, rechercher le calme ou la compagnie selon mes désirs du moment.

Dans mes bagages: force, gratitude et admiration

Cet été à l’alpage m’a permis d’affirmer davantage ma personnalité. J’ai compris tout ce que je pouvais réaliser avec un peu de confiance en moi. Faire passer mes propres besoins au second plan, ne pas avoir de sphère privée, devoir fonctionner en permanence et venir à bout de grands défis physiques et émotionnels: ces épreuves ont été le plus grand défi de ma vie.

Bien qu’ambitieuse et disciplinée, j’ai plus d’une fois atteint mes limites. Premier obstacle sur ma route: une blessure au genou début juillet, qui a été suivie par trois semaines de temps froid et pluvieux. Les sommets enneigés, les alpages voisins et les vaches situées à plus de 200 mètres… Tout cela s’est retrouvé perdu dans le brouillard. Je me sentais emprisonnée. On était souvent huit personnes serrées autour de la table et les vêtements de travail à l’étable ne séchaient tout simplement plus. À la fin du mois de juillet, j’ai touché le fond: après des semaines sans un jour de congé, j’étais complètement épuisée. J’ai dormi une journée entière pour récupérer.

C’était autant une fatigue physique que mentale. Les photos de vacances de mes amies et leurs aventures estivales m’ont fait douter: Pourquoi m’imposer un tel défi? Pourquoi travailler si dur? Pourquoi ne pas voyager, comme tout le monde?

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J’ai cependant appris à accepter mes sentiments et à les réguler. Je me suis rappelé pourquoi j’avais voulu connaître la vie à l’alpage et me suis concentrée sur le positif: le paysage à couper le souffle, la proximité des animaux et la vie simple et authentique en pleine nature.

J’ai aussi beaucoup appris sur le plan professionnel. Je me suis considérée comme une apprentie: je n’aurais jamais fait de si gros progrès si la famille Sieber-Beer ne m’avait pas autant fait confiance. Dès le début, ils m’ont encouragée à prendre le taureau par les cornes, à croire en moi-même et à apprendre par l’expérience. J’en suis profondément reconnaissante à Christa, Stefan et leurs filles Rahel et Linda.

J’ai souvent ri en m’identifiant à mes élèves: j’étais tellement fière lorsque j’arrivais à faire quelque chose pour la première fois (retourner le fromage, sortir les vaches, utiliser la machine à traire, etc.). Des petits succès qui me rendaient heureuse et m’encourageaient.

Cette expérience m’a confortée dans ma vocation d’institutrice: donner confiance aux enfants, les motiver, leur redonner courage et leur montrer qu’ils sont capables de réaliser n’importe quoi s’ils le veulent.

Ces cinq mois à l’alpage m’ont inspiré un profond respect pour les alpagistes qui ont choisi cette vie. Je leur tire mon chapeau: ils se mettent eux-mêmes au second plan au profit du bien-être des animaux. Les excursions et les vacances sont rares, le repos est un luxe.

J’ai pris conscience de tout le temps et le dur labeur qui se cachent derrière les produits laitiers, et en particulier le fromage d’alpage. Ces produits mériteraient davantage de reconnaissance. La fabrication commence en réalité dès la pose des clôtures de pâturage et se termine après des mois de maturation en cave d’affinage. Entre les deux, des milliers de petites étapes qui témoignent d’un authentique travail manuel.

En tant qu’enseignante, je considère comme mon devoir de sensibiliser mes élèves à l’importance d’une bonne agriculture pour nous et la nature. C’est gonflée à bloc après l’aventure et les défis de cet été que je reviens dans une salle de classe remplie de couleurs, de joie de vivre, de créativité et de convivialité.

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Conseils pour vivre pleinement votre rêve d’alpage

Avant de vous engager dans cette aventure, il faut savoir que la réalité ne correspond jamais à l’idée qu’on s’en fait. Même si vous avez conscience que le travail sera dur, l’illusion romantique de la vie à l’alpage est souvent tenace.

Avant de choisir un alpage sur zalp.ch ou une autre plateforme, il faut bien vous informer: À quoi ressemblera une journée de travail? Y a-t-il des journées de libres? Comment est-on logé? Soyez au clair sur ce que vous recherchez et comparez vos idées avec les réalités concrètes du lieu. Par exemple, ne choisissez pas un alpage avec du bétail laitier si vous ne voulez pas vous lever tôt le matin.

Les types d’alpages sont très variés: il y en a certainement un qui vous conviendra. 😉

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Une fois que vous avez décidé quels alpages pourraient vous convenir, faites la connaissance des familles hôtes. La première rencontre permet souvent déjà de voir si on a des atomes crochus.

Une fois votre décision prise, demandez à des alpagistes expérimentés ce que vous devez absolument avoir dans vos affaires. Faites-leur confiance et prenez leurs conseils au sérieux: ils savent de quoi ils parlent.

Enfin, pour la vie à l’alpage, je vous conseille simplement de vous laisser guider. Ne la comparez pas sans arrêt avec votre vie passée, cela ne ferait que vous tirer vers le bas. Vivez le moment présent et concentrez-vous sur ce qui vous donne de la force. Par exemple, je m’étais trouvé un endroit particulier où j’aimais lire, téléphoner ou simplement me détendre, une petite oasis qui me récompensait de mon dur labeur.

Si des doutes apparaissent, parlez-en impérativement avec une personne de confiance. Il faut également parler directement des conflits ou des problèmes pour éviter qu’ils ne s’enveniment.

Encore une chose très importante: soyez capable de reconnaître que la charge devient trop lourde! Il est tout à fait normal de ne pas pouvoir se donner à 120% en permanence. Dernier point: la fierté! Le simple fait de passer tout un été à l’alpage est une sacrée performance!

Et répétez-vous ce mantra: 👉 « Je peux y arriver! » 💪

Sur ces mots d’encouragement, je remercie tous les lecteurs et lectrices d’avoir suivi attentivement mon été à l’alpage et je souhaite à tous les futurs auxiliaires d’alpage un été inoubliable!

Je remercie en outre Fromage d’alpage suisse et en particulier Alex Casanova pour la très agréable collaboration. Merci de m’avoir donné la possibilité d’éveiller la passion et la curiosité d’autres personnes pour la vie à l’alpage.

Le mot de la fin

Chère Sophia, tu as été une super blogueuse! Tes histoires nous ont beaucoup touchés, tantôt nous tirant des larmes, tantôt nous faisant rire. Merci beaucoup de nous avoir laissé te suivre durant cette saison à l’alpage.

Nous t’adressons nos meilleurs vœux pour la suite.

Alex et Martin, marque faîtière Fromage d’alpage suisse

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